Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les chroniques de la Rue des livres

Les présentations de romans, albums pour petits et grands, diffusées sur Radio d'Oc Moissac

Les trois sœurs et le dictateur / Elise Fontenaille .-Rouergue (2014)

Publié le 11 Décembre 2014 in Ado, Violences faites aux femmes, Histoire

Les trois sœurs et le dictateur / Elise Fontenaille .-Rouergue (2014)

Ce roman ado est tiré d’une histoire vraie, qui se déroule en République Dominicaine sous la dictature de Rafael Leónidas Trujillo Molina qui a duré de 1930 à 1961.

L’histoire débute par une lettre écrite par Mina, une adolescente californienne, à sa meilleure amie Eliza. On sait dés le début que les deux jeunes filles sont originaires de la même île, la République Dominicaine pour notre personnage principal et Haïti pour la seconde et que Mina est dans l’avion direction le pays natal de son père. Elle est attendue à l’aéroport par son cousin Antonio, qu’elle avait déjà rencontré une première fois lors de sa visite chez elle, c’est d’ailleurs à cette occasion qu’il a convaincu son père de la laisser faire ce voyage.

Alors qu’est venue chercher notre héroïne dans ce pays qu’elle ne connait pas ? Et bien tout simplement son histoire familiale dont son père refuse de parler, car les souvenirs sont trop douloureux pour lui. La seule chose qu’elle sait, c’est que sa grand-mère paternelle, Minerva, est morte alors qu’il n’était encore qu’un bébé.

Antonio décide donc de l’emmener, dès le lendemain de son arrivée, chez Adela, que tout le monde appelle Dédé, qui est la grand-mère d’Antonio et par conséquent la grande tante de Mina. C’est elle qui va tout raconter à notre adolescente.

Elles étaient quatre sœurs : Minerva, Patria, Maria-Teresa et Adela qui vivaient une enfance paisible à la campagne entourées de leur père agriculteur et de leur mère qui s’occupait d’elles et de la maison. Ils souhaitaient tous les deux garder leurs filles prés d’eux, qu’elles se marient avec des garçons de la région. Mais Minerva souhaite faire des études, ce que son père va lui concéder.

C’est ici qu’entre en jeu le dictateur Trujillo. Mina ne sait rien de cet homme, Adela lui explique alors qu’il est arrivé au pouvoir lors d’un coup d’Etat en 1930. Ceux qui essayent de lui résister sont jetés en prison et personne ne les revoit jamais. En 1937 il organise le massacre de plus de vingt mille Haïtiens qui travaillaient dans les plantations de canne à sucre. Elle lui parle également de la Nuit du Persil, au cours de laquelle les soldats dominicains portant un brin de persil à la boutonnière ont obligé les Haïtiens à prononcer le mot « perejil ». Ces derniers parlant le créole ou le français, et très mal l’espagnol, avaient des difficultés à prononcer le « r » et ceux qui n’y arrivaient pas étaient massacrés. Elle lui apprend qu’il aimait aussi beaucoup les jeunes vierges au teint claire qu’il faisait venir dans « la Maison Acajou ».

Le jour de la fête de l’école il jette son dévolu sur Minerva qu’il trouve très à son goût. Quelques jours plus tard un de ses hommes apporte à la maison une invitation émanant de Trujillo pour une soirée dans sa maison. Les parents sont catastrophés mais ne peuvent refuser et décident d’y aller tous ensemble en se disant que devant tout le monde il n’osera rien tenter. Arrive le jour du bal forcé, les filles sont magnifiques et à peine Minerva est-elle entrée dans la salle que le dictateur fonce sur elle pour l’inviter à danser, elle ne peut bien sur décliner l’invitation sous peine de le voir se venger sur sa famille. Au cours de leur danse, il lui glisse quelques mots à l’oreille qui ont pour conséquence de faire s’évanouir la jeune fille. Pour cette fois elle est sauvée, il la laisse repartir avec ses parents et ses sœurs.

 

Mais quelques jours plus tard une seconde invitation, cette fois à passer deux jours dans la maison de campagne de l’homme politique, arrive à la maison. Toute la famille part la peur au ventre, la soirée se passe bien et se termine tard. Minerva est logée dans une chambre éloignée de celles des autres et qui bien évidemment ne ferme pas à clef. Une heure plus tard, alarmés par les cris de leur fille, les parents de Minerva se précipitent vers sa chambre juste à temps pour voir sortir le dictateur en peignoir, rouge de colère et découvrir leur fille en larmes sur le lit. Ni une ni deux ils prennent leurs affaires et s’enfuient du domaine se demandant comment cet homme va leur faire payer cet affront. La réponse ne tarde pas. Un jour deux policiers viennent chercher le patriarche. Deux semaines passent sans aucune nouvelle, Minerva décide alors de rendre visite à Trujillo, de se rendre pour qu’il libère son père. Il lui propose alors de jouer aux dés, s’il gagne elle sera à lui et il pourra faire ce qu’il veut d’elle. Au contraire, si elle gagne elle pourra lui demander tout ce qu’elle voudra. Et elle a gagné…Elle lui demande de libérer son père et de la laisser entrer à l’université pour suivre des études de droit, ce qu’il accepte.

Il tient parole en libérant son père, qui rentre dans un très mauvais état le jour même et décédera huit jours plus tard. Minerva quant à elle, entre à l’université à la rentrée. Seule fille dans des études habituellement réservées aux hommes elle est cependant énormément respectée par ses camarades pour avoir résisté au tyran et obtenu de lui qu’il la laisse faire ses études de droit. Et puis un de ses cousins lui présente son ami Périclès, entre eux le courant passe tout de suite, mais pas comme des amoureux non, comme des résistants au pouvoir en place qui ne souhaitent qu’une chose renverser la dictature. Ensemble ils préparent la révolution mais un jour Périclès est retrouvé mort dans un fossé, après avoir été longuement torturé.

A partir de ce moment, elle a tout donné à la résistance, imprimant des tracts et les distribuant. C’est à cette époque qu’elle a rencontré le grand-père de Mina. Ces escapades nocturnes  ne passent pas inaperçues au près de ses deux sœurs : Patria et Marie-Théresa qui décident de la rejoindre dans ce combat contre l’avis de leur aînée.

Le jour de la remise des diplômes est arrivé pour Minerva et c’est le dictateur en personne qui les remet. Mais lorsque son tour vient voici ce qu’il lui dit :

Toujours aussi belle, Minerva…Je t’ai promis de te laisser faire des études de droit, mais je ne t’ai jamais dit que tu pourrais devenir avocate ! Non, tu vas te marier et rester à la maison : le rôle d’une femme est de s’occuper de ses enfants, pas de plaider ! Il a jeté son diplôme à la corbeille, et il a écrasé son cigare dessus, devant tout le monde. Minerva n’a rien dit, elle est sortie la tête haute, les yeux secs…C’est seulement dans la voiture qu’elle a éclaté en sanglots. Et voilà comment Trujillo s’est vengé.

La résistance a continué de plus belle, d’autant plus que le dictateur faisait assassiner les gens à tour de bras, pour un oui ou pour un non. Un jour, six policiers sont venus chercher les trois sœurs chez elles. Mais grâce au contact de la famille avec des personnes hauts placées, notamment dans la sphère religieuse, elles sont libérées et rentrent à la maison, amaigries, le tête pleine de poux, le corps couvert de gale mais vivantes. Jamais elles n’ont voulu raconter ce qui leur était arrivé pendant ces jours d’emprisonnement.

 

 

Les filles se sont mariées ou fiancées, Minerva est tombée enceinte et portait dans son ventre le futur père de Mina. Mais elles n’ont pas pour autant oublié leur lutte encore plus intense depuis que le nombre de disparus augmente chaque jour. Les policiers sont de plus en plus violents, plus personne n’est à l’abris de la folie du dictateur et de son fils qui prend fièrement la relève. Un jour le mari de Minerva et ses amis son enlevés et emmenés en prison. Trujillo ne pouvait plus toucher au trois sœurs devenues des symboles de liberté depuis leur libération alors il s’en prenait à leurs proches.

Le 25 novembre 1960 elles prennent la route avec un jeune chauffeur pour traverser la montagne, suite à la crevaison d’un pneu, ils sont obligés de s’arrêter. C’est à ce moment que surgissent deux voitures noires, huit hommes armés de bâtons en sortent, bâtent à mort les jeunes filles et leur chauffeur est massacré à coups de gourdin. Aucune arme à feu n’a été utilisée pour la simple raison qu’il fallait faire croire à un accident. La nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre dans tout le pays, mais pas un seul habitant n’a cru à la thèse de l’accident, leur assassinat n’a fait qu’accélérer la révolte. Le dictateur est mort assassiné lui aussi sur une route, le corps criblé de balles. Le pays n’a pas été libre tout de suite, le fils de Trujillo ayant pris le pouvoir pour venger son père mais il a été lui aussi renversé.

Voilà Adela a terminé son récit, Mina connait maintenant son histoire familiale et ne repart pas indemne de son voyage en République Dominicaine. Elle a plein de choses à raconter à son amie Eliza, mais surtout elle lui promet une chose : la prochaine fois elles iront toute les deux à Haïti pour que, elle aussi connaisse son histoire.

 

Vraiment un très beau roman très touchant pour les adolescents et les adultes qui nous raconte une partie de l’histoire de la République Dominicaine. A noter que le 25 novembre est aujourd’hui la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Commenter cet article