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Les chroniques de la Rue des livres

Les présentations de romans, albums pour petits et grands, diffusées sur Radio d'Oc Moissac

La petite fille de Monsieur Linh – Philippe CLAUDEL- Livre de Poche, 2007

Publié le 12 Octobre 2016

La petite fille de Monsieur Linh – Philippe CLAUDEL- Livre de Poche, 2007

C’est un petit bijou, un condensé de phrases simples, courtes mais percutantes. Cela pourrait être une longue nouvelle mais ce récit porte le nom de roman, il le doit sans doûte à la charge émotionnelle qu’il porte, à l’emprise qu’il a sur le lecteur une fois le livre ouvert.

Dès la première phrase, l’image jaillit des mots et notre empathie avec.

« C’est un vieil homme debout, à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est le seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui. Debout à la poupe du bateau, il voit s’éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l’enfant dort. Le paysage s’éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l’horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette. »

Cet extrait résume à lui le formidable contraste qui nous porte dans ce récit entre deux éléments très fortement exprimés.

L’abandon à travers ce vieil homme et son exil à l’autre bout du monde, la guerre qui ampute les hommes de leurs racines, de leurs êtres chers. Plus personne ne sait comment il s’appelle, plus personne ne connaît sa langue, il a tout perdu ou presque, il y a peu de choses dans cette valise légère…

Et pourtant…

La survie, la vie. Il porte son sang, sa famille, ce bébé qui n’est autre que sa petite fille rescapée d’une explosion est pour lui l’assurance qu’il n’est pas encore mort. Il va résister et poursuivre le mouvement, comme une marionnette qui, dans le flot des migrants se laissera prendre en charge et enfermer dans camps, hôpitaux, sans jamais laisser à qui que ce soit cet enfant et sa liberté.

Liberté de penser, personne ne le séparera d’elle. Liberté de communiquer et de lier une amitié, en dépit de la langue, au-delà de la différence, avec Monsieur Bark, habitant du quartier, « le gros homme » qui chaque jour partage le même banc.

Cet échange est universel, avec des regards, des gestes, un mot, les deux hommes se comprennent, chacun portant sa souffrance, chacun muni de sa générosité. Ils usent d’un langage basique, pour se nommer, pour se saluer, se dire au-revoir ce sera toujours bonjour ou Tao-laï en chinois, et pour se remercier d’un grog partagé, ce sera une chanson qui vient de la nuit des temps à l’autre bout de l’océan ou un paquet de cigarettes.

Ce récit est un récit sur l’universalité des sentiments, l’amitié hors norme. Que l’on vienne d’Asie, d’Amérique, même si les peuples se sont faits la guerre, car c’est bien de cela qu’il s’agit, l’homme a la même fragilité, sensibilité, les même besoins d’aimer, de partager.

 

Cette petite fille, qui n'est autre qu'une poupée et c'est la chute percutante et tragique du récit, illustre les repères dont chacun a besoin pour vivre, la promesse que la vie doit continuer, un espoir sur le rapprochement des peuples, à l’image de ces deux personnages différents et inséparables. Il pose directement la question de l'accueil et l'intégration des migrants, sujet d'actualité brûlant.

"J'avais 20 ans. Qu'est-ce qu'on sait à 20 ans? Moi, je ne savais rien. Je n'avais rien dans ma tête. Rien. J'étais encore un grand gosse, c'est tout. Un gosse. Et on a mis un fusil dans mes mains, alors que j'étais presque encore un enfant. J'ai vu votre pays, Monsieur Tao-Laï, oh oui, je l'ai vu, je m'en souviens comme si je l'avais quitté hier, tout est resté en moi, les parfums, les couleurs, les pluies, les forêts, les rires des enfants, leurs cris aussi."

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