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Les chroniques de la Rue des livres

Les présentations de romans, albums pour petits et grands, diffusées sur Radio d'Oc Moissac

2084 : la fin du monde / Boualem Sansal.- Gallimard, 2015

Publié le 22 Février 2016 in Romans, Révolte, Liberté, Religion

2084 : la fin du monde / Boualem Sansal.- Gallimard, 2015

Un roman autour du fondamentalisme religieux.

Bienvenue en Abistan, contrée imaginaire et véritable empire religieux.

Son prophète : Abi. Son dieu, Yölah. Son livre sacré : le Gkabul.

Un pays clôt sur lui-même, qui ne connaît pas de frontières (ou presque), qui ne connaît pas de passé. Sachez que rien n’existe, n’a existé ni n’existera en dehors de l’Abistan. Depuis son instauration, ce système politico-religieux a bien fait table rase du passé. Il y a bien eu en des temps reculés, une guerre menée contre l’Ennemi, quelques traces encore perdurent mais « la victoire fut sur lui totale, définitive, irrévocable » selon l’enseignement officiel. N’existe plus que le présent. Seule une date figurant sur les panneaux commémoratifs plantés près des vestiges s’est imposée et s’est incrustée dans les cerveaux, « sans qu’on sache comment ni pourquoi » : 2084.

Peut-être avait-elle un lien avec la guerre ? Et puis...

Un temps fut retenue l’idée que 2084 était tout simplement l’année de naissance d’Abi, ou celle de son illumination par la lumière divine… "

Sachez aussi qu’Abi est omniprésent, à l’image du Dieu dont il est le délégué. Qu’il est donc le père des croyants, le chef suprême du monde, qu’il est immortel par la grâce de Dieu et l’amour de l’humanité. Qu’on ne l’a jamais vu simplement parce que sa lumière est bien trop aveuglante. Qu’on le représente avec un œil unique.

On a dit qu’il était borgne, de naissance pour les uns, par suite des souffrances qu’il avait endurées durant son enfance selon d’autres, on a dit aussi qu’il avait réellement un œil au milieu du front, ce qui était la marque d’un destin prophétique, mais on a dit avec la même fermeté que l’image était symbolique, elle signalait un esprit, une âme, un mystère.

Que des portraits géants richement illuminés habillent les façades et magnétisent les foules. « Qu’aucun artiste au monde n’aurait pu réaliser telle merveille, elle avait été exécutée par Abi lui-même sous l’inspiration de Yölah, telle était la vérité comme on l’apprenait très tôt ».

Sachez enfin que le système possède des dispositifs sécuritaires démesurés : une légion « les Fous d’Abi », dont les hommes sont sélectionnés à la naissance, armés jusqu’aux dents ; mais aussi tout un chacun encouragé à la délation, un contrôle mensuel, « L’inspection périodique » vérifiant le degré d’identité morale …

Dans cette contrée fanatique faite d’endoctrinement, de manipulation du peuple, nous allons suivre Ati, soigné pour tuberculose dans un sanatorium au cœur des montagnes. Ati, dont les premiers doutes de croyant naissent sans bruit, lui, qui se bat déjà contre la maladie du corps dans un lieu duquel on ne revient habituellement pas. Ati va n’avoir de cesse tout le long du roman de s’interroger et questionner le monde qui l’entoure pour y déceler failles et absurdités.

Une dystopie féroce qui fait un clin d’œil appuyé au célèbre 1984 de George Orwell. Une dénonciation du totalitarisme et de l’expansion de l’obscurantisme religieux en écho aux actualités d’un auteur qui n’a eu de cesse depuis 20 ans de dénoncer dans ses romans l’intolérance religieuse.

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