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Les chroniques de la Rue des livres

Les présentations de romans, albums pour petits et grands, diffusées sur Radio d'Oc Moissac

L’embellie / Audur Ava Olafsdottir .- Zulma, 2012.

Publié le 12 Décembre 2014 in Romans, Voyage, Sentiments, maternité

L’embellie / Audur Ava Olafsdottir .- Zulma, 2012.

C’est le récit d’une belle rencontre entre une jeune femme libre et un enfant prêté, le temps d’un périple hivernal autour de l’Islande.

La narratrice, après s’être séparée de son compagnon, décide de faire une coupure dans sa vie, une remise à zéro le temps de quelques semaines.

Plusieurs évènements la poussent à prendre cette décision.

Son amie a besoin d’elle pour garder son fils Tumi, un enfant malvoyant et sourd.

En même temps, elle gagne à la loterie des sourds un chalet, à placer où elle veut, et quarante-quatre millions à la loterie nationale.

En son for intérieur, elle éprouve le besoin de retourner aux sources dans un village natal reculé, et surtout le désir de s’en remettre à la vie, au hasard, elle veut goûter à la liberté.

La décision est prise, elle part avec Tumi à l’aventure. En Islande, il n’y a qu’une route circulaire circulable en hiver. Ils vont la prendre dans le sens des aiguilles d’une montre et adviendra que pourra.

« J’ai peut-être dix minutes de retard sur l’horaire pour avoir lambiné sous la douche, à moins que ce soit dix minutes d’avance ? En tout cas, s’il ne m’était pas venu à l’idée de prendre des vacances d’été en novembre et si je n’avais pas gagné un chalet tout équipé à la tombola des sourds, si je n’avais pas connu mon ex en son temps ni été envoyée à la campagne dans l’est chaque été jusqu’à l’âge de quatorze ans, si enfin je n’avais pas mangé du lait caillé avec du muesli au petit déjeuner, eh bien je ne serais pas ici maintenant, je serais ailleurs, je serais une autre. Probablement serais-je encore assise sur mon ancien canapé en cuir à côté d emon ex à regarder la guerre en direct dans le monde. En ce jour précis, le dix-sept du onzième mois, où un mouton écrasé gît sur la route circulaire, se noue toute ma vie, les hasards, les décisions, ce que je mange et comment je dors. »

« C’est une grande liberté que de ne pas savoir exactement où l’on va en s’abandonnant à la sécurité de la route circulaire où tout s’enchaîne, pour revenir ensuite simplement à la case départ, presque sans s’en être aperçu. »

Bien sûr, on peut penser que « c’est téléphoné », tout se passe bien, les prédictions se réalisent. L’héroïne s’installe en fin de périple dans son village natal avec l’homme qui a racheté la maison bleue de sa grand-mère, il connaît la langue des signes, c’est parfait pour Tumi. Mais ce n’est pas un roman d’action, d’ailleurs il se passe peu de choses, c’est un roman bien plus profond avec une atmosphère très particulière.

« Dès qu’il se met à pleuvoir, les contours du monde s’estompent, de vagues points de repères se substituent à l’horizon. En fait, le pays tout entier est plus ou moins inhabité une fois passé le quadrillage des rues de la ville. Des étendues de sable noir, des champs de lave noire, l’océan noir tout près et le ciel noir par-dessus. Il est bon alors d’avoir un objectif. Pour l’instant, il consiste à appuyer modérément sur l’accélérateur et à tenir sa droite, sans jamais franchir la ligne brisée qui divise la route ; nul besoin de prendre de décision pour la suite, il n’y a qu’à s’enfoncer à la vitesse autorisée à travers sables et ave, dans l’avenir qui vient à vous aussi normalement que la prochaine station-service, aussi naturellement que la rencontre avec son futur mari qu’on trouve appuyé d’un air résolu au garde-fou d’un pont ; de telles choses sont déjà arrivées. En soi, ce n’est pas une petite affaire pour une femme que de rouler en tenant bien sa droite, car c’est la raison qui mène le jeu et pas le cœur. »

Et c'est dans cette ambiance singulièrement lumineuse que certains processus humains vont être révélés.

La résilience, tout d’abord.

Un drame familial refait surface en filigrane dans le récit. Pas grave, on gagne tout à comprendre pour mieux se reconstruire. Dans ces paysages crépusculaires de novembre-décembre et cette nuit presque perpétuelle islandaise, l’Embellie nous éclaire, nous porte vers la rencontre, l’acceptation, le sens de la vie.

La rencontre ensuite. Avec soi-même tout d’abord face aux fantômes du passé, aux défis du présent (devenir parent sans le vouloir). Ce roman est un road trip sur le voyage intérieur d’une personne qui s’épanouit.

La maternité, pour finir, le don de soi pour un enfant.

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