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Les chroniques de la Rue des livres

Les présentations de romans, albums pour petits et grands, diffusées sur Radio d'Oc Moissac

Tout doit disparaître / Mikaël Ollivier .- Thierry Magnier (2007)

Publié le 10 Octobre 2014 in Ado, Amour, Société

Tout doit disparaître / Mikaël Ollivier .- Thierry Magnier (2007)

C’est l’histoire d’Hugo, jeune écolier de CM2, qui se retrouve obligé de suivre ses parents, tous les deux enseignants, à Mayotte où ils ont été mutés, dés la prochaine rentrée pour une durée de deux à cinq ans.

Autant vous dire que lui et sa petite sœur, Lydie, ne sont pas extrêmement ravis de devoir quitter amis et famille pour un pays lointain dont ils ne savent rien. Une fois arrivée sur place le choc est encore plus rude. En effet à la place des plages de sable fin, des palmiers et cocotiers que leur avaient vanté les pages internet sur lesquels ils avaient fait des recherches, ils découvrent un climat tropical et des nuits qui tombent à 17h, loin, très loin de leur quotidien en métropole…

Ils doivent également s’intégrer dans leur école et collège respectifs, se faire de nouveaux amis et ça ne va pas être si facile que ça. Il en va de même pour leurs parents qui se réunissent régulièrement avec d’autres enseignants expatriés comme eux.

Au milieu de tous ces changements Hugo va faire une jolie rencontre en la personne de Françoise, la documentaliste de son collège. Il fait sa connaissance lors d’un dîner organisé en l’honneur de leur arrivée. Voici leur tout premier échange :

J'ai vite perdu le fil de ces conversations et me suis renfermé sur moi même, soûlé de paroles, de chaleur, de fatigue. Ma voisine n'avait toujours pas ouvert la bouche quand, soudain, elle s'est penchée vers moi et m'a tendu la main :
-Françoise. Je crois que je suis ta nouvelle documentaliste.
Je l'ai regardée et elle m'a fait un grand sourire. J'ai serré sa main, pas très à l'aise, même si, en tant que fils de profs, j'étais habitué à fréquenter des enseignants en dehors des heures de cours.
-Je travaille dans le même collège que tes parents. C'est presque la brousse, tu verras, beaucoup plus tranquille que Mamoudzou.
Ce mot de "brousse" que tout le monde utilisait pour parler de la campagne à Mayotte m'évoquait plus des plaines parcourues par des gazelles des lions et des éléphants que ce que je m'attendais à rencontrer sur une île tropicale.
-Je vois que tu n'es pas un grand bavard, comme moi ! a poursuivi ma future documentaliste à voix suffisamment basse pour que je sois le seul à l'entendre. Pourtant, cette petite conversation est très intéressante ! Autour de cette table se joue un jeu qui régit l'ensemble de la communauté métropolitaine. Une communauté qui vit à côté, mais pas avec les Mahorais. Tu vas vite comprendre qu'il y a deux catégories d'expatriés : les nouveaux et les autres. Et les nouveaux, dont ta famille est le plus frais arrivage, sont toujours accueillis à bras ouverts parce qu'ils permettent aux autres de passer pour des durs à cuire.
J'ai croisé son regard dans lequel j'ai perçu un reflet malicieux qui m'a bien plu. Elle m'a souri et a continué :
-Il faut savoir que chez les métros, ou les wazungu, comme on appelle ici les Blancs, la hiérarchie se mesure en ancienneté. Champions toutes catégories : des types comme le patron du Barfly, ou les propriétaires de la maison d'hôtes où vous êtes logés. Ils sont très discrets sur leur passé mais on devine qu'avant Mayotte, ils avaient déjà plus de vingt ans d'Afrique derrière eux, après éventuellement un détour par l'Asie et un saut de puce par Madagascar, qu'il faut, si tu veux avoir l'air d'un pur et dur, appeler Mada. Ce sont des baroudeurs, des vrais, qui n'ont pas besoin de parler puisque les autres, se vantant tous d'être leurs amis, se chargent de raconter ou d'inventer leur histoire. Ensuite, viennent les fonctionnaires de mission, déjà là depuis plusieurs années et qui pensent avoir tout compris sur l'île et ses habitants. Le retour en métropole n'est plus loin, et ils jouent les blasés, les revenus de tout. Tu verras : la principale de ton collège est comme ça ! Une Bretonne, trop heureuse de retourner chez elle à la fin de cette année scolaire. Et la dernière catégorie est celle de vos amis, Jean-Marc et Aline : les anciens petits nouveaux que votre arrivée fait enfin monter en grade.
Elle s'est encore penchée plus près pour me dire d'une voix amusée :
-Ce sont les plus bavards ! En tenant bon un an ou deux à Mayotte, ils ont gagné le droit de parler à tort et à travers de l'île, de ses rites, de ses contrastes, de la difficulté à s'y adapter...En fait, ils commencent tout juste à comprendre ce qui est écrit sur leur guide touristique.
Elle s'est redressée sur sa chaise et je me suis entendu lui demander :
-Et vous à quelle catégorie vous appartenez ?
J'ai aussitôt senti mes joues s'empourprer. Mais Françoise m'a souri, visiblement amusée par mon aplomb.
-A aucune, m'a-t-elle répondu. J'habite à Mayotte depuis vingt-six ans, mon mari est mahorais et nos deux enfants "café au lait" sont nés sur l'île.
J'ai dû avoir l'air surpris et elle a ajouté :
-Eh oui ! On peut aimer vivre à Mayotte ! Tu t'habitueras facilement. Les jeunes s'y font très naturellement. La nouvelle Mayotte est jeune, pas encore assagie ni résignée. Elle veut tout et tout de suite. C'est une société adolescente.

Puis la vie suit son cours, les rentrées se suivent mais ne se ressemblent pas, Lydie s’intègre parfaitement à sa nouvelle vie, de même que son père. Leur mère, elle, a plus de difficultés et rêve de revenir très vite en métropole. Quant à Hugo il suit son petit bonhomme de chemin ni mal intégré ni intégré complètement il vit sa vie d’ado jusqu’à un certains événement que je vais garder sous silence mais qui va obliger ses parents à le renvoyer plus tôt que prévu en France vivre chez ses grands-parents maternelles et poursuivre sa scolarité dans le collège où travaillaient ses parents. Ces derniers ainsi que sa sœur, le rejoindront l’été suivant et ils emménageront tous ensemble dans la maison qu’ils sont en train de construire.

Mais le retour en France est particulièrement difficile à vivre pour le jeune adolescent. Il le dit lui-même :

A mon retour, en plein hiver, j’ai eu autant de mal à me réadapter à la vie métropolitaine que j’en avais eu à trouver ma place dans la société mahoraise. Les premiers temps, j’avais l’inconfortable sensation de ne plus être de nulle part.

Il n’a aucune envie de se mélanger aux jeunes de son âge dans son collège, il préfère passer son temps enfermé dans sa chambre à lire des livres sur le rapport aux biens, la pauvreté, les privilégiés etc. Et puis vient la période des soldes et là c’est la goûte d’eau qui fait déborder le vase.

Il décide alors de se révolter contre ce monde qu’il n’aime pas et dans lequel il ne se retrouve pas. Il va faire de nouvelles rencontres qui vont l’aider dans ce chemin et le pousser à sortir de sa chambre pour agir…mais ça je vous laisse le découvrir.

 

C’est un très joli roman écrit de manière très sensible et qui en quelques mots réussi à nous transmettre les sentiments, parfois contradictoires, de ce jeune adolescent perdu entre deux mondes.

 

 

Il a été récompensé par de nombreux prix littéraires dont certains avaient un jury constitué de collégiens et lycéens. Il a également été porté à l’écran sous le titre « Paradis amers », film réalisé par Christian Faure et qui a reçu le prix du meilleur scénario au Festival Fiction TV 2012.

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